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la Marie-Javelle

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11 décembre 2019

Billet
La Marie-Javelle
et l’énigme des “demandes sociétales”


La Marie-Javelle n’y comprend plus rien ! Elle entend dire partout que c’est la fin du monde, mais dès qu’il s’agit de faire changer les mauvaises habitudes de ses contemporains, on lui dit qu’elles correspondent à une “demande sociétale” et que, par conséquent, “ça va pas être possible !”. Pourtant…

Par exemple, on dit à la Marie-Javelle que ça n’est pas bien d’urbaniser les terres agricoles, de miter le paysage avec des lotissements, de les relier, avec des rubans de bitume, à des centres commerciaux périphériques entourés de vastes parkings pour y encourager une consommation effrénée, irresponsable et suremballée.

On lui confirme tout cela en la gavant de projections anxiogènes, en organisant des COP, des concertations nationales, régionales, départementales, en rédigeant des agendas, en votant des lois, en publiant des décrets et des circulaires, en la submergeant de campagnes de sensibilisation, de manifestations, d’appels à projets et de concours, en remettant des prix, des trophées, des bourses, des financements…

Mais quand, chez elle, on organise un débat sur le prochain plan local d’urbanisme et qu’elle s’interroge à haute voix sur l’extension des zones commerciales, la multiplication des ronds-points et l’urbanisation de la périphérie de Chinon, on lui rétorque qu’il y a “une demande sociétale” à laquelle “il faut bien répondre.

Plaît-il ?
Sans être ancienne combattante, militante socialiste ou patronne de bistrot – comme disait un personnage d’Audiard* – la Marie-Javelle a entendu, dans le cours de sa longue vie, beaucoup de conneries, mais des comme ça jamais ! Et elle qui a, dans sa jeunesse, tiré sur le bambou, de rappeler que la légalisation du cannabis récréatif, que l’on peut sans conteste qualifier aujourd’hui de “demande sociétale”, ne bénéficie pas, au yeux des décideurs, de la même empathie. Pas plus que le droit de mourir dans la dignité, auquel elle s’intéresse forcément, vu son âge avancé. Et alors même que ces deux “demandes sociétales” sont, elles, sans impact sur le climat.

* “Je suis ancien combattant, militant socialiste et bistrot. C’est te dire si, dans ma vie, j’en ai entendu des conneries. Mais des comme ça, jamais !” – Michel Audiard (Un idiot à Paris).

Et tandis que se multiplient, autour de la modeste demeure de Marie-Javelle, ronds-points, lotissements et zones d’activité destinés à répondre à des “demandes sociétales” suicidaires, elle ne voit pas émerger de réponse à la “demande sociétale” qu’elle partage pourtant avec de très nombreux concitoyens concernant le droit à un environnement sain, à des cours d’eau propres, au respect des paysages, à une alimentation dépourvue de résidus toxiques…

Résumons-nous…
D’un côté, une demande sociétale (le droit d’adopter un mode de vie qui mène tout droit à la catastrophe écologique) considérée comme “respectable, légitime, inéluctable, à laquelle on ne peut opposer aucun frein et que les élus et l’administration, en bons capitulards, encouragent chaque jour par leurs décisions”.

De l’autre, des demandes sociétales totalement neutres ou positives en terme de bilan carbone, mais devant lesquelles les élus et l’administration font rempart de leurs corps.

Et comme la Marie-Javelle ne peut pas imaginer que les mêmes qui se montrent si forts pour s’opposer aux aspirations d’une partie de la population puissent perdre tout courage quand il s’agit de se confronter aux désirs d’une autre, elle en déduit que cette histoire de “demande sociétale” est un faux-nez et que les “demandes” auxquelles cèdent nos édiles sont bien davantage celles des sociétés du BTP et de la Grande distribution que celles de la société civile.

Et sur ces bonnes paroles, la Marie-Javelle va aller se coucher…

Le dernier sortira la poubelle et éteindra la lumière.