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28 février 2024

La SET et Chinon : ” je t’aime, moi non plus “


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En 1989, la SET et la Ville annoncent l’ouverture du Parc de stationnement de la Brèche “pratique, intégré, simple, sûr, économique“. Supposé ouvrir en 1990, il ne verra jamais le jour, mais sera exhumé par la SET en 2015, pour servir de “pompe à phynance” du projet Cœur de Ville.

Entre la SET et Chinon, l’histoire d’amour débutée dans les années 80 a tourné, trente ans plus tard, au mariage de raison. De conventions d’aménagement en opérations avortées en avenants, les partenaires tournent en rond et évitent surtout de parler du sujet qui fâche : une possible rupture…

La Société d’aménagement de Touraine, plus connue des Chinonais sous l’acronyme SET, est un partenaire de longue date de la ville de Chinon. C’est au milieu des années 80 qu’elle fait son apparition dans le paysage local. Sollicitée par la Municipalité de l’époque, déjà trop endettée pour monter en première ligne, elle se rend indispensable en ficelant un dossier d’aménagement centré – déjà – sur la construction d’un parking à l’emplacement de la Brèche. Grâce à la générosité de la Compagnie des eaux et de l’ozone (aujourd’hui Veolia), qui propose 6 millions de francs à la Ville en échange de l’affermage de l’eau sur 20 ans, le financement est bouclé en 1989, juste avant que l’équipe municipale ne soit débarquée par les électeurs.

Du mariage d’amour au mariage de raison
Le mariage d’amour devient alors un mariage de raison. Le nouveau maire arrive bien à suspendre le projet de parking, mais il a beau faire des pieds et des mains, il ne parvient pas à se dépêtrer de la SET, qui finira par porter le second projet de la Brèche. Celui-ci est alors découpé en deux tranches : la construction d’un ascenseur puis l’aménagement d’un ensemble de logements. Afin de décrocher plus facilement les subventions, la première partie du programme – fort coûteuse – est présentée comme le “lien vertical” qui manque entre la ville basse et les Hucherolles. La seconde tranche (logements-stationnements), dont la première pierre est posée peu avant la défaite de l’équipe municipale aux élections de 2014, ne verra jamais le jour.

Parcmètre

Si le parking de la Brèche est construit, le stationnement en surface sera confié au concessionnaire pour une durée de 20 ans. A l’horizon : extension du domaine payant, augmentation des tarifs et intensification de la verbalisation. Photo Commons

Brèche-Cœur de ville : un projet de pis-aller
Mais la convention qui lie la Mairie à la SET pour l’aménagement du secteur de la Brèche ne tient pas compte des alternances politiques. Signée le 23 août 2004, elle a déjà été reconduite en 2009 et en 2011. En avril 2014, quand la nouvelle équipe municipale arrive à la mairie, elle trouve la Ville engagée avec la SET jusqu’en 2018 par un troisième avenant signé par le maire sortant… le 14 novembre 2013. En août 2015, au lieu de faire place nette et de rompre avec une relation qui apparaît de plus en plus contrainte et de moins en moins productive, la Municipalité renouvelle ses vœux avec la SET jusqu’en 2023 et étend son périmètre d’intervention pour faire de la place à un “nouveau” projet (Brèche – Cœur de ville). L’objectif ? Eviter le coût d’un divorce et limiter les dégâts. La différence avec le précédent ? Les partenaires ont décidé de greffer sur le bébé une “pompe à phynances”  destinée à réduire le “reste à charge” de la collectivité. Cette pompe, c’est le projet de parking conçu en 1989, que la SET est allée déterrer, pour le présenter comme une innovation à la nouvelle équipe municipale et aux Chinonais. Officiellement, ce monstrueux greffon fait passer la participation de la Ville de 2.297.000 (Brèche-Duvergne) à 925.000 euros (HT) (Brèche-Dupont). Un chiffre en trompe-l’oeil, puisqu’il ignore la participation de la collectivité au programme (achat de la crèche et des salles associatives), l’augmentation de la fiscalité indirecte générée par la privatisation du stationnement, et, surtout, le déficit éventuel liés à la commercialisation du parking, des logements et des commerces.

Et si on divorçait ?
Que se passerait-il, au contraire, si la Mairie décidait de rompre le lien délétère qui la relie au passé et à la SET ?

Une telle rupture permettrait tout d’abord aux Chinonais de sortir de l’entonnoir dans lequel les ont fourré leurs édiles successifs et qui leur impose – peu importe l’opportunité, l’état des finances, l’intérêt de la chose – de réaliser une opération d’aménagement sur l’emprise de la Brèche. Elle leur donnerait à nouveau le temps de réfléchir, de débattre et de décider du futur de leur ville sans devoir intégrer à l’équation 30 années d’errements financiers et urbanistiques. Elle leur rendrait, en un mot, leur liberté.

Combien ça coûte ? La Mairie a agité des chiffres divers et variés, mais toujours intimidants, pour repousser l’idée du divorce. Elle a parlé de 500 à plus de 700.000 euros. Elle reconnaît aujourd’hui qu’une partie de cette somme correspond tout simplement aux factures de l’ascenseur qui restent dues à la SET.  Quoi de plus naturel ? Le “lien vertical” est là, il faut bien le payer ! Une autre partie correspond aux études commandées à la SET par la Mairie précédente pour le projet Brèche-Duvergne. Et bien, si des études ont été réalisées et que les coûts sont documentés, toute peine méritant salaire, il est naturel que ces arriérés soient honorés. Enfin, une troisième part – qu’elle se refuse toujours à divulguer – correspondrait au coût réel du divorce. Les Chinonais – qui ne sont pas des enfants auxquels ont doit épargner le spectacle des parents qui se déchirent – n’attendent plus que de connaître exactement le coût de la séparation, pour se prononcer sur la valeur qu’ils accordent à leur liberté.