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29 mars 2020

Office de tourisme
Les Ridellois crèvent l’abcès


Composée des défunts Offices de tourisme de Chinon, Richelieu, L’ïle-Bouchard, Sainte-Maure, Azay et Montbazon, l’entité Azay-Chinon Val de Loire est une créature à la Frankenstein qui semble avoir échappé aux Collectivités qui l’ont fait naître…

Quand on monte une usine à gaz, il vaut mieux vérifier régulièrement les branchements” : c’est ce qu’on dû se dire, à la mi-décembre, les présidents des Communautés de communes Touraine Val de Vienne (CC-TVV, Richelieu), Touraine Vallée de l’Indre (CC-TVI, Azay) et Chinon Vienne et Loire (CC-CVL, Chinon).

Ces collectivités limitrophes alimentent en effet depuis trois ans le budget conséquent de l’office de tourisme Terres d’Azay-Chinon Val de Loire, une créature à la Frankenstein qu’ils ont portée sur les fonds baptismaux et qui semble aujourd’hui leur avoir totalement échappé.

Il y a trois ans, quand ils lui ont donné vie, les élus, qui le regardaient avec les yeux de l’amour, mettaient tous leurs espoirs dans ce poupon pourtant déjà un peu contrefait. En fusionnant les OT de Chinon, Richelieu, L’ïle-Bouchard, Sainte-Maure, Azay et Montbazon, on allait réduire les coûts, gagner en efficacité, avoir plus d’impact, harmoniser les pratiques, échanger des informations, développer la fréquentation, défendre le territoire, vendre des séjours en ligne…

La sempiternelle recherche des économies d’échelle
Le premier chien coiffé d’un chapeau aurait pu les avertir : pour les économies d’échelle (qui constituaient en réalité leur seule motivation), ce genre d’affaire se passe rarement comme prévu. Tout le monde est d’accord pour fusionner, mais chacun veut garder ses bureaux ; les frais kilométriques explosent ; il faut aligner par le haut les salaires et les avantages… Pire, les salariés peuvent vous prendre au pied de la lettre et vous demander de mettre sur la table les moyens correspondant aux ambitions déclarées…

C’est ainsi qu’amené à la vie en 2017, le monstre a immédiatement été déficitaire. Resté depuis dans le rouge, il a épuisé ses réserves et, avant même d’entamer 2020, il a été contraint, à la mi-décembre, de demander aux Collectivités d’éponger un déficit de 112.000 euros.

C’est à ce moment que l’usine à gaz, qui fuyait doucement en profitant de l’incurie des élus, à commencé à avoir des ratés.

2 “oui”, 39 “non” : un vote qui ressemble à un arrêt de mort
Le 19 décembre, pendant que les conseillers communautaires de CC-CVL (Chinon) votaient sans y regarder de trop près leur quote-part (28.000 euros) de cette subvention exceptionnelle, ceux de CC-TVI (Azay) votaient contre (leur quote-part : 56.000 euros). Et pas qu’un peu : 39 non, 2 oui et 7 abstentions ! D’après le compte-rendu qui en a été fait par la NR, les élus du Val de l’Indre s’étaient visiblement donné le mot pour crever l’abcès, chacun des intervenants attaquant le sujet sous un angle différent : qui stratégique (“un échec cuisant“), qui financier (“un montage inquiétant“), qui politique (“un budget peu transparent“), qui opérationnel (“les acteurs du tourisme sont mécontents“). Pour résumer : “un trou sans fond”.

Il faut dire que l’OT n’y était pas allée de main-morte : pour “repartir du bon pied” et aborder les trois prochaines années (la Convention est triennale) avec “une situation financière stable et sereine“, il demandait à ses trois parrains, non seulement d’éponger sa dette, mais également d’augmenter de 38.000 euros leur subvention annuelle (de 662.000 euros en 2019 à 700.000 euros en 2020) , l’essentiel de cette augmentation étant supportée par Chinon Vienne et Loire (+26% de contribution, un sacrifice conséquent qui n’aura pas réussi à déminer le terrain).

Le vote sans appel des élus du Val de l’Indre signe sans doute l’arrêt de mort d’Azay-Chinon-Val de Loire. Ceux-ci étaient en effet censés contribuer au budget de fonctionnement de l’OT, pour les trois prochaines années, à hauteur de 320.0000 euros par an, soit 46% de la contribution des Collectivités. Sous la pression de l’économie touristique locale, qui pèse visiblement plus à Azay qu’à Chinon, les Ridellois vont vraisemblablement reprendre leur autonomie, laissant leurs compères chinonais (qui ont voté la convention 2020-2022) et richelais (dont on ne connait pas encore la position) se dépatouiller avec ce bâton de poulailler.

Vraiment pas de quoi se réjouir
Mais même ceux qui avaient prédit cette capilotade ne s’en réjouissent pas pour autant. En moins de trois ans, les élus ont en effet détruit les 6 entités locales qui assuraient tant bien que mal la promotion “rapprochée” des principaux sites touristiques du sud-ouest de la Touraine. Ayant échoué à mettre en place le “grand” Office de tourisme dont ils rêvaient, ils laissent derrière eux un champ de ruines. Les élus, qui auront tôt fait de renvoyer à l’OT la responsabilité de cet échec, n’échapperont pas, on l’espère, à un examen de conscience. Ce sont en effet les Collectivités qui, au motif qu’elles en étaient les principaux bailleurs, se sont immiscées dans la stratégie et la gestion des Offices de tourisme, y injectant leurs enjeux politiques, leur méconnaissance du sujet et leur management toxique*. Elles ont dépossédé les associations qui géraient les Offices, transformé leurs adhérents en annonceurs, et définitivement coupé les liens qui unissaient les professionnels à leurs OT.

Cette catastrophe industrielle, que l’Agence départementale et le Comité régional du tourisme, prudence politique oblige, observent pour le moment de loin, intervient au moment où les exécutifs sortants vont être amenés à faire le bilan de leurs mandats à l’occasion des prochaines Municipales. Il sera intéressant de les entendre sur le sujet du Tourisme, en espérant qu’ils ne proposent pas, pour seul remède, de “remettre dix balles dans le bastringue“. Si tel est le cas, il faudra avoir le courage de leur rappeler une règle d’or : “Quand on est au fond d’un trou, la première chose à faire, c’est d’arrêter de creuser“.

* Le déficit de 2019 est en partie dû au licenciement de la directrice de l’OT, licenciement douloureux ayant déclenché un audit des risques psycho-sociaux à la demande de la Médecine du travail (total de l’opération, en incluant les frais de recrutement d’un remplaçant : plus de 105.000 euros).

Pour en savoir plus
Tourisme – Chinon et la politique du doigt mouillé

 

 

 

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