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23 avril 2018

Tourisme :
Chinon et la politique du doigt mouillé


Alors que Chinon semble présenter toutes les caractéristiques et tous les atouts d’une destination touristique, nombreux sont encore les Chinonais qui considèrent que le développement de cette activité n’est pas souhaitable. Leur raisonnement ? Les intérêts des touristes iraient à l’encontre de ceux des résidents : on en ferait trop pour les premiers, et pas assez pour les seconds. Après avoir déclaré haut et fort, en début de mandat, que le tourisme était la vocation évidente de la ville, la municipalité semble aujourd’hui s’être rendue à ces arguments contestables…

Qu’il est bon, quand on vit à Chinon, de pouvoir décrocher son téléphone et réserver une bonne table pour célébrer un anniversaire entre amis, une fête des mères en famille, une promotion avec des collègues, des retrouvailles entre copains. D’avoir le choix, en centre-ville, entre maints excellents restaurants, débits de boissons, boulangers et pâtissiers, bouchers, charcutiers, traiteurs, coiffeurs… De pouvoir, quand la famille vous rend visite et que la maison est trop petite, compter, pour loger le trop-plein, sur une bonne quinzaine d’hôtels correspondant à tous les budgets. Bien entendu,  certains pas-de-porte restent toujours désespérément vides, mais tout au long de l’année, nous profitons, sans discontinuer et sans vraiment nous rendre compte de notre chance, d’une variété de commerces qui participent puissamment à la qualité de vie de notre petite cité. Certains d’entre nous, cependant, ont du mal à faire lien entre le tourisme – qu’ils décrivent volontiers comme une plaie – et la pérennité remarquable de ce tissu commerçant de qualité et de proximité. Pour le dire clairement et carrément à ceux qui estiment qu’on en fait trop pour les touristes et pas assez pour les Chinonais : sans les premiers, les seconds seraient bien emmerdés une fois la saison terminée.

Saison réussie, présence à l’année garantie
Car c’est bien grâce à une saison réussie que ces commerces, que certains tiennent pour acquis, peuvent affronter les maigres mois qui vont de novembre à avril. Six mois durant lesquels ils voient leur trésorerie s’amenuiser jusqu’à l’extrême limite, avant que les premiers visiteurs ne viennent, petit à petit, remplir à nouveau les caisses des échoppes, débit de boissons, restaurants et hôtels de toutes sortes. Sans cette manne qui arrive, de la mi-avril à la fin octobre, de France, d’Europe, des antipodes ou d’Amérique du Nord, les Chinonais pourraient toujours se fouiller, une fois la bise venue, pour emmener grand-mère fêter ses 80 printemps au restaurant, passer chercher une tarte le dimanche matin ou boire un verre entre amis. Il faut donc que nos concitoyens s’y fassent : que cela leur plaise ou non, leur qualité de vie quotidienne sur l’année dépend du succès touristique de leur ville à la belle saison.

Cette vérité mérite d’être rappelée, tant sont nombreux les Chinonais qui sous-estiment, occultent, récusent ou ignorent encore l’importance économique du tourisme et ont du mal à faire la relation entre ce qu’il apporte à la ville six mois durant, et ce dont eux-mêmes bénéficient 365 jours par an. Espérant avoir démontré que les premiers déterminent le bien-être des seconds, nous pouvons  poursuivre en évitant maintenant d’être interrompus par le fatidique : “Les touristes, les touristes, il n’y en a que pour les touristes ! Qu’on pense un peu aux Chinonais !“.

Il faut dire que, même pour les élus, et malgré les déclarations de principe, l’enjeu n’apparaît pas véritablement prioritaire : à la Mairie de Chinon, pas d’adjoint au tourisme, pas de commission, pas de groupe de travail … Côté Comcom, l’un des vice-présidents est bien en charge “du développement économique et du tourisme“, mais son passé professionnel et ses penchants naturels le poussent davantage vers le BTP que vers l’accueil des visiteurs (à moins que cela n’implique de faire fondre du macadam ou couler du béton pour édifier des parkings, des toilettes ou des bases nautiques).

Si le tourisme semble s’imposer comme la vocation du Vieux Chinon, ce dernier ne paraît pas adapté au développement d’un tourisme de masse, qui agit comme un repoussoir aux résidents. Avant de formuler une politique, il faudrait définir quel tourisme on veut – et on peut – développer. Quantité ou qualité ?

A l’enseigne du doigt mouillé
Stratégie ? Moyens ? Indicateurs de progrès ? On vous renverra vers l’Office de tourisme, promoteur attitré de la “destination”. Or, celui-ci est empêtré, depuis deux ans dans une interminable réorganisation décidée par les élus – qui y ont pris le pouvoir, subventions obligent, au détriment des professionnels – et visant à fusionner en une seule entité les OT de Chinon, Richelieu, L’ïle-Bouchard, Sainte-Maure, Azay et Montbazon. Résultat : un “marketing territorial” élargi – pour ne pas dire écartelé – sous l’égide d’un hybride baptisé “Terres d’Azay-Chinon-Val de Loire Tourisme“. Ce dernier promet aux professionnels un impact “multiplié par six“, tandis que ceux-ci, qui n’en demandaient pas tant, se sentent plutôt noyés dans un ensemble six fois plus vaste dans lequel il ne se reconnaissent plus. Les économies d’échelle qui ont fondamentalement motivé cette fusion seront-elles au rendez-vous ? Tout ce qu’on sait à Chinon, c’est que le premier effet de ce rapprochement a été une augmentation de 13% de la taxe de séjour, au motif de la “nécessaire harmonisation“. Et que la visibilité sur les supports distribués par l’OT est divisée par 6, à moins de choisir des formules +, plus onéreuses et assorties d’une kyrielle d’options payantes.

En attendant, alors que la saison 2017 battait son plein, les sites des anciens OT ont été mis en veilleuse et les “Terres d’Azay-Chinon-Val de Loire” n’avaient toujours pas de site internet (il a été mis en ligne en juillet).

Mais cela a-t-il véritablement un impact sur la fréquentation de “la destination” ? Difficile à dire… D’autant que, côté statistique, on est ici plutôt adeptes de la méthode dite “du doigt mouillé”. Alors que la Comcom encaisse chaque trimestre la taxe de séjour, ce qui lui permettrait facilement de suivre la fréquentation par rapport aux années précédentes (le meilleur indice d’une saison réussie ou ratée) et de permettre ainsi aux professionnels de se situer par rapport à une moyenne, aucune exploitation statistique de ces données n’est réalisée.

La Chinon Classic (ex-Grand Prix de Tours) est la seule manifestation du calendrier chinonais à afficher une ambition qui aille au-delà du département. Arrivée en ville en 2016, elle est “livrée clés en mains” par une association de passionnés.

Lorsqu’ils sont convoqués,  une fois l’an – pour faire “le bilan de la saison” ou réunis pour l’Assemblée générale de l’OT, où ils sont traités davantage comme des assujettis que comme des membres à part entière, les commerçants – qualifiés, selon les intentions du moment, d’adhérents, d’opérateurs, ou de partenaires – ont droit à des appréciations au mieux subjectives, au pire ubuesques, telle cette “note d’ambiance” collectée par téléphone auprès des professionnels le matin même de la réunion, ou ce suivi du seul indicateur qui semble accessible au vice-président de la Comcom en charge du tourisme : le chiffre d’affaire du camping municipal. Ce n’est pas que les institutionnels et les élus soient par ailleurs imperméables aux chiffres : les OT sont par exemple très attentifs aux indicateurs qui les concernent, comme le chiffre d’affaires de leurs boutiques (dont ils ne se rendent pas compte qu’elles concurrencent, de manière déloyale les commerces qui les entourent et les financent en partie) ou le nombre de visiteurs renseignés au comptoir.

En tout cas, que l’on se rassure, tout va toujours pour le mieux. Et s’il y a, parfois, “comme un flottement“, cela ne peut être dû qu’à “un contexte difficile”, à un “dérèglement climatique”,  ou aux “conséquences négatives des attentats sur la clientèle étrangère “. Enfin, sans qu’on sache trop expliquer le pourquoi du comment, on assure à ceux qui resteraient dubitatifs, sans chiffres à l’appui, que “l’Indre-et-Loire et le Chinonais s’en sont mieux sortis qu’ailleurs “*.


Que faire ?
Au-delà des critiques que l’on peut adresser aux élus et aux institutionnels concernant la politique [ou l’absence de politique] du tourisme à Chinon, quelles pistes peut-on leur proposer pour avancer sur ce sujet ?

1 – Partager un diagnostic – Comme toujours, tout devrait commencer par un diagnostic sérieux et partagé de la situation  actuelle : par exemple, en reprenant la taxe de séjour versée sur les 10 dernières années par les 30 principaux hébergements du Chinonais, élus, institutionnels et commerçants pourraient objectiver ensemble une tendance que beaucoup ressentent constamment à la baisse. Et puisque certains élus semblent affectionner l’hébergement de plein air, voilà un second indicateur qui pourrait compléter le tableau, avec la fréquentation des équipements communautaires (Carroi) ou départementaux (Forteresse, Devinière). Qui sait, peut-être une enquête bien conçue auprès professionnels livrerait-elle également des informations intéressantes ? On pourrait également avec profit exhumer l’étude commissionnée en 2014 (ça n’est pas si ancien) par le Pays du Chinonais, alors présidé par Hervé Novelli, au cabinet Mahoc (qui la lui avait quand même facturé 35.000 euros HT). Elle devait constituer le point de départ d’une stratégie touristique “de pays”. Las, les bonnes intentions se sont perdues dans l’épaisseur du mille-feuilles territorial : en passant du Pays à la Comcom, il n’est resté de la stratégie “en 17 points”  (2.000 euros le point) que la fusion des offices de tourisme et l’harmonisation de la taxe de séjour. Oublié le tourisme “poumon économique” et “levier majeur” du Chinonais, la “destination touristique incontournable“, la “visibilité aussi bien à Paris qu’à l’international“, la “stratégie globale  pour l’essor du tourisme en Chinonais“, le “soutien au commerce de centre-ville” et la “valorisation des produits locaux“…

Chinon n’est pas Chambord, et si l’on demandait leur avis aux habitants et aux professionnels de Chinon, il n’est pas certain qu’ils valideraient le développement d’un tourisme du type “cars de Chinois” que certains voient comme une panacée pour la région.

2 – Définir des objectifs et cibler une clientèle – Une fois le diagnostic partagé, resterait à s’assurer l’adhésion de la population et des professionnels, en s’accordant sur des objectifs stratégiques : s’ils avaient le choix, quel type de tourisme les Chinonais préféreraient-ils ? Quel type de tourisme seraient-ils en mesure d’accueillir dans de bonnes conditions ? On peut imaginer qu’ils choisiraient, de préférence, un tourisme “durable” et qualitatif, respectueux de la cité, de son histoire et de son patrimoine. Cette option (peu, mais de qualité) aurait l’avantage de résorber les craintes des résidents qui frémissent à l’idée d’une ville engorgée de traîne-patins. On aboutirait peut-être – dans des proportions à affiner – à un mélange de cyclo-touristes liés à la Loire à Vélo, de randonneurs attirés par le chemin de Saint-Martin, d’oenotouristes et de gastronomes friands de nos cépages, de nos truffes et de nos bonne tables, de férus d’art, d’histoire, de littérature, d’architecture et de jardins, de naturalistes en quête de castors, de loutres, de balbuzards, de couleurs automnales et de champignons. On peut imaginer que les cars de touristes chinois, considérés par certains comme le Graal, ne viendraient pas en tête d’un palmarès élaboré en commun.

3 – Soigner le calendrier de la saison – A première vue, le calendrier des manifestations qui flotte chaque année au fronton de la mairie de Chinon peut sembler appétissant. Mais, à la notable exception de la “Chinon classic” (ex-Grand prix de Tours, fourni clés en mains par une association de passionnés), la programmation culturelle et événementielle du Chinonais n’affiche pas d’ambition au-delà du département, et la dernière production d’envergure (l’Année Rabelais, 100.000 euros de budget) défendait même une option délibérément micro-locale. Et si le public visé vient d’Avoine ou de Saint-Benoît-la-Forêt, il y a peu de chance qu’il reste dîner au restaurant ou qu’il passe la nuit à l’hôtel. S’il est certain que la culture n’a pas à se mettre au service du tourisme – et donc, quelle horreur, du commerce ! -, peut-être serait-il utile d’encourager, en concertation avec les professionnels, un événement – pas forcément culturel d’ailleurs – qui viendrait compenser les points faibles du calendrier de la saison. Il n’y aurait d’ailleurs même pas à chercher bien loin : un premier pas pourrait consister à faire monter en qualité des dispositifs existants, comme la brocante mensuelle (où se côtoient le meilleur et le pire), les Nocturnes gourmandes (plutôt axées sur le pire) ou le recrutement des “artisans d’art” (ou prétendus tels) qui occupent des baux saisonniers en centre-ville. On n’oubliera pas évidemment – et parallèlement – d’éviter la disparition de manifestations données pour acquises comme Chinon en Jazz, Voyages en guitare ou le Festival du cinéma Rabelais, fragilisées par des subventions devenues fluctuantes et imprévisibles. Et de bien traiter celles qui choisissent Chinon pour y installer leur événement, comme la Chinon Classic, dont les relations avec la Mairie commençaient à se tendre dès la seconde édition (ils sont engagés pour quatre ans). Ou encore Ose L’insurmontable, qui a failli faire ses valises après l’édition 2016, dépitée par des chicayas autour du coût du nettoyage facturé à l’association organisatrice par la Mairie. A vouloir racler les fonds de tiroirs, il arrive qu’on perde la mise.

NR du 13 octobre 2016 (“L’office de tourisme va passer à la puissance 6 !“).