Aller à…

la Marie-Javelle

Informations pour Chinon et le Chinonais

La Marie-Javelle est un site
d’informations locales, animé
par des Chinonais bénévoles
qui proposent à leurs concitoyens
un espace pour s’exprimer, diffuser
des informations et parler
de leurs activités et de leurs projets.

RSS Feed

19 septembre 2018

“Brècheleaks” : une étude “fuitée” révèle l’opacité à tous les étages du projet


Le 17 mars 2015, Intencité, une “agence d’urbanisme commercial” introduite auprès de la Ville par la SET (Société d’équipement de Touraine), présentait à un comité très restreint d’élus (le Maire et son premier-adjoint) une “note d’expertise” concernant la situation commerciale de Chinon et – par voie de conséquence – le potentiel du site de la Brèche. Ce document, que les promoteurs du projet Brèche-Cœur de ville aurait préféré garder confidentiel, éclaire d’un nouveau jour les méthodes de la SET. Ou comment, après un diagnostic sans appel (pas de besoin, site enclavé, contexte fragile), arriver à des conclusions diamétralement opposées.

Des études (qui auraient du rester) confidentielles
Depuis plus de 30 ans, la SET (Société d’équipement de Touraine) collabore avec la Mairie de Chinon pour finaliser l’aménagement du site où se trouve actuellement le parking de la Brèche. La SET et la ville sont liées par une convention d’aménagement qui délègue à la première tout pouvoir pour faire émerger un projet , y compris celui de commanditer des études et, bien sur, d’en faire porter, depuis 30 ans, tous les coûts au budget de la seconde. La dernière mouture du projet, portée par la majorité municipale actuelle, propose aux Chinonais une énième version des travaux de la SET, intitulée “Brèche-Cœur de ville”.

Ce projet, présenté pour la première fois aux Chinonais le 21 décembre 2015, suscite une opposition sans cesse grandissante et chaque jour plus crédible. Une Coordination, composée de sept associations opposées au projet, demande depuis des mois à ses promoteurs l’accès aux études préliminaires qui justifieraient leur entreprise. Selon le sujet et l’interlocuteur, les associations ont obtenu soit des réponses dilatoires, soit un refus catégorique. Mais comme l’opposition au projet agrège chaque jour de nouveaux soutiens venant d’horizons différents, ce qui devait arriver arrive, et les fameuses études commencent à sortir des tiroirs. Ayant ainsi eu la possibilité de consulter celle qui porte sur la commercialité, La Marie-Javelle comprend mieux aujourd’hui pourquoi elle devait rester confidentielle.

Des constats accablants…
Le procès-verbal de la réunion au cours de laquelle les consultants ont présenté leur analyse indique les présents et montre les absents : aucun commerçant chinonais, encore moins d’adjoint ayant la compétence commerce. Le procédé a le mérite d’être clair : les technocrates peuvent évoquer le commerce sans commerçants, tout comme ils pourraient probablement organiser un congrès de médecine sans médecin, voire – pourquoi pas ? – un concours d’architecture sans architecte. Après une telle entrée en matière, vous vous attendez au pire ? Et bien nous allons aller au-delà !

Après une introduction faite d’un mélange de poncifs, de jargon et d’expressions ronflantes destinées à donner l’illusion d’un vernis d’expertise, nos experts entrent dans le vif du sujet . Et leurs conclusions sont édifiantes…

capture vacance

L’agence commissionnée pour réaliser l’étude tente timidement d’alerter les promoteurs du projet …

Premier constat : avec un ratio de 1 commerce pour 43 habitants, Chinon présente “une densité commerciale nettement supérieure aux moyennes observées dans des communes de même échelle“. Second constat : “l’analyse de l’offre commerciale laisse apparaître une satisfaction de l’ensemble des besoins des usagers : le centre-ville répond aux besoins quotidiens et à la demande touristique, le Blanc-Carroi aux besoins d’achats hebdomadaires“. Troisième constat : le centre-ville compte 140 commerces actifs présentant “une gamme complète, répondant aux besoins du quotidien“, appuyée par la tenue de plusieurs marchés hebdomadaires et par une “offre dense en matière d’hôtels et de restaurants“. Quatrième constat : le centre-ville souffre d’une vacance commerciale très importante. 23% des locaux disponibles sont en effet vides (alors que la moyenne nationale se situe entre 6 et 8% et qu’au-delà de 10%, les experts considèrent que la situation ne peut que s’aggraver si une intervention structurelle volontariste n’est pas mise en place) avec une rupture du “parcours marchand“. Enfin,, il s’avère que Chinon est habitée par une population “plutôt âgée” et que cette population dispose, “en moyenne“, de revenus “modestes” (15% de moins que la moyenne nationale). Reconvoqués aujourd’hui, nos experts pourraient ajouter que les Chinonais, soumis depuis des années à des impôts locaux “confiscatoires” (dixit le Maire actuel), viennent de voir la pression fiscale s’aggraver de 8.6%

capture dense

Deuxième tentative : “puisqu’on vous dit qu’il n’y a pas de besoin !”

Tout ceci, concluent prudemment les consultants d’Intencité “interroge sur le potentiel de déploiement d’une nouvelle offre commerciale sur le site de la Brèche“, tandis que les constats effectués les “incitent à être prudents sur le nombre de m2 à déployer et la typologie des commerces à favoriser“. Et de conclure complaisamment, en prenant le contre-pied de leur analyse (il le faut bien, puisque le donneur d’ordre veut à tout prix construire de nouvelles surfaces commerciales) : “cet état de l’offre nous oblige à inventer un programme“. Voilà, tout est dit : “Vous avez tout ! Vous n’avez besoin de rien ! Et bien, la SET va vous inventer un programme !“.

Pour celles et ceux qui éprouvent quelque plaisir à la lecture de Kafka, aux délires d’Alfred Jarry ou à la pataphysique de son Père Ubu, pénétrons, à l’invitation de la SET, dans un domaine où la créativité et l’imagination au service des bétonneurs et autres chasseurs d’honoraires ne connait pas de limites. En mélangeant allègrement les chiffres de l’Insee concernant la population et celle d’une zone de chalandise allant jusqu’à 19 km ; en divisant cette chalandise en habitants, touristes et voisins ; en faisant des rapprochements délirants entre les visiteurs du château et ceux de l’Office de tourisme, la SET, s’exonérant de toute obligation de conseil, va tenter de nous convaincre de l’intérêt évident de bâtir de nouvelles surfaces commerciales sur un site que l’étude elle-même qualifie de : “site contraint, enclavé et à l’accessibilité réduite“.

Et puisque ces gens là n’ont honte de rien et qu’inventer les exonère des contraintes de la réalité, ils vont nous expliquer quel type de commerce doit s’épanouir dans ce qu’ils qualifient eux-mêmes (en page 28, exactement) de “site anticommercial au potentiel avéré” !

anticomm

Coincés entre une réalité coriace et la commande  de leurs donneurs d’ordre, les consultants d’Intencité inventent un nouveau concept : voici venu le temps du “site anticommercial au potentiel avéré” !

Par charité pour les promoteurs de cette étude, et pour éviter de choquer encore plus violemment nos lecteurs, contentons nous de quelques commentaires sur la qualité de ces travaux.
– Rien sur l’évaluation des coûts des locaux commerciaux envisagés, bien supérieurs aux prix du marché, alors que ces éléments comptables sont pourtant essentiels à tout entrepreneur et que le dossier d’appel à projet rédigé par la SET exige un plan de financement sur 3 ans.
– Rien sur la chalandise issue des résidences secondaires qui, dans sa typicité sociologique, impacte fortement le commerce chinonais.
– Rien sur le lien entre projet Cœur de ville et le contexte de vacance actuelle des locaux commerciaux dans le centre-ville (24%, alors que la moyenne nationale tourne autour de 6-8 et que 10% est considéré comme un seuil au-delà duquel seule une intervention structurelle volontariste peut arrêter l’hémorragie).

La liste des lacunes de cette étude pourrait être bien plus longue, mais pour conclure et parce que c’est aujourd’hui le principal handicap de notre ville, rien, absolument rien qui mette ce projet en lien avec une politique de ville, si tant est qu’il y en ait une.

Mieux vaut en rire
COMME LA LUNE…

La SAL ( Société d’aménagement lunaire) projette de construire un ensemble immobilier sur la Lune ! Marie-Javelle a obtenu un rendez-vous avec le chef de projet.
Marie-Javelle : Pourquoi un ensemble immobilier sur la Lune alors qu’il n’y a aucune trace de vie ?
La SEL : Il n’y a aucune trace de vie parce qu’il n’y a pas de logements, de salles de réunion, de crèche et de commerces.
Marie-Javelle : Vous avez donc fait réaliser des études préalables ?
La SEL : Oui bien sur, et ces études confortent le projet. C’est un espace sans habitants, inaccessible, anti-commercial et totalement contraint.
Marie-Javelle : Savez-vous que sur la Lune il n’y a pas d’oxygène ?
La SEL : Je vous accuse de diffamation et je vous demande de partir

Cette interview est une pure fiction et tous les liens avec des faits ou des personnes ayant existé ne serait que pure coïncidence …

L’étude de commercialité du centre-ville : un travail de commande aux conclusions imposées
Qu’une entreprise comme Intencité se commette, pour équilibrer ses comptes, à ce type de production, soit. Mais que la SET, société administrée par de grands élus d’Indre et Loire fasse fi de toute obligation de conseil pour contraindre les Chinonais à gober de pareilles inepties mérite commentaire : commander des études qui confortent les intérêts de la SET – à la fois juge et partie – et de ses amis, pose un vrai problème de déontologie, et peut entraîner, comme on le constate ici, de graves dérives en matière d’expertise et d’accompagnement de projet. La mise au jour et la teneur de cette étude le prouvent : il est désormais vain de continuer à espérer que la SET serve les seuls intérêts de la population chinonaise.

TheB

Parmi les riches idées produites par les consultants d’Intencité et reprises par la Mairie et par la SET, l’installation d’un café-expo baptisé “THE Brèche”. A pleurer… de rire.

Il ne suffira pas d’obtenir de la Mairie qu’elle reconsidère le projet Brèche-Cœur de ville. Les Chinonais doivent désormais rompre les liens qui grèvent depuis 30 ans le budget de leur ville et les lient encore à la SET. Une fois enterré “Brèche-Cœur de ville”, restera aux Chinonais à se rassembler pour mettre la SET dehors, libérer leurs élus retenus en otage et restituer à chacun sa pleine citoyenneté et la responsabilité de son avenir.