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15 décembre 2018

Du volontarisme au fatalisme
Deux ans et demi de mandat Dupont


De déclarations démenties en plans de relance enlisés en projets pharaoniques suspendus, Jean-Luc Dupont semble peiner, deux ans et demi après son arrivée aux affaires, à passer la première. Après avoir posé des constats alarmants, crié à l’urgence et promis de retourner la situation, l’ancien maire de L’Île-Bouchard aurait-il reporté son énergie et ses ambitions sur ses autres mandats ?

Les Chinonais ne le savent guère , car la Municipalité s’est bien gardée d’en faire la publicité, mais cinq mois après être arrivé aux affaires, Jean-Luc Dupont expédiait au préfet de Région un dossier de candidature dans le cadre du projet “centre-bourgs” co-piloté par différents ministères, dont celui du Logement et de l’égalité des territoires. Le premier magistrat y dressait un tableau alarmant de la situation de sa ville et y présentait une “stratégie de revitalisation” en cinq points : développement économique, projet urbain, habitat, problématiques sociales et – pour faire bon poids – environnement.

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Que reste-t-il de la stratégie de revitalisation présentée par Jean-Luc Dupont cinq mois après son arrivée aux affaires ?

Un tableau alarmant
Sachant que, pour obtenir des financements, tout maire aurait tendance à noircir tant soit peu la situation de sa commune, Jean-Luc Dupont n’y va pas avec le dos de la cuillère : entre “affaiblissement progressif“, “fortes contraintes naturelles et patrimoniales“, “précarisation” et “faiblesse des revenus“, le maire souligne, chiffres à l’appui, un “processus accéléré de vieillissement“, la “paupérisation de la population“, l’augmentation des “foyers monoparentaux” et le poids des “publics fragiles“, “gens du voyage“, “jeunes travailleurs“, “publics âgés” et “logements sociaux“. Le parc social (22% des logements) est en partie inadapté, fortement vacant. Le marché de l’immobilier est “atone depuis 2011” et le parc privé, lui aussi frappé d’une forte vacance, comporte des “immeubles dépourvus de confort, difficilement accessibles et, pour certains, indignes“. Au total 300 logements seraient vacants (6,2% du parc) dont 120 “en vacance de longue durée“, le tout dans un contexte de “déprise commerciale” qui plombe le moral et aggrave la situation.

Stratégie et fonds de tiroirs…
Quant à la stratégie, que le premier magistrat assure – contre toute évidence – être le fruit d’une “réelle concertation” et de la “contribution effective des habitants“, c’est peu dire qu’elle manque de cohérence. Tout indique que le nouveau maire, pressé par le temps (il est arrivé en avril, nous sommes début septembre), n’a pu que ficeler ensemble les dossiers en mal de financement qui dormaient dans les tiroirs des services de la Ville.

Sautant à pieds joints la concertation avec les Chinonais, la stratégie en 5 points proposée à la préfecture de région le 11 septembre 2014 est en effet un patchwork où des politiques structurantes, telles la “restructuration d’îlots commerces/habitats” (“fiche action I” : 1.850.000 euros) ou “l’adaptation du parc de logements” (“fiche-action III” : 2.300.000 euros) côtoient des équipements ponctuels comme le foyer de jeunes travailleurs des Groussins (“fiche-action IV” : 3.868.048 euros, quand même), voire anecdotiques, comme une “chaudière-bois” destinée au lycée Rabelais et à la piscine (“fiche-action V” : 1.026.133 euros). Au milieu, figure bien entendu l’inévitable parking de la Brèche (“fiche-action II”), alors budgété – à l’euro près – à 4.464.193 euros (il est passé depuis à 12 millions d’euros).

De ce coq-à-l’âne assemblé à la va-vite, on retiendra que la passe difficile que traverse Chinon justifiait alors, selon la Mairie, d’un traitement stratégique comportant principalement* : 1) une intervention volontariste de soutien, mais aussi d’achats-remembrement pour réorganiser et requalifier “le foncier bâti vacant et/ou dégradé en cœur de ville“, y compris le foncier commercial ; 2) une dynamique de réhabilitation/construction du parc de logements en centre-ville destinée à “l’adaptation du parc existant” ; 3) un travail sur la densification et l’accessibilité, via le projet de la Brèche.

habitat-indigne

En 2014, la Mairie dénonçait les logements “dépourvus de confort, difficilement accessibles et, pour certains, indignes“. Qu’en est-il en 2016 ?

A presque mi-mandat,
que retenir de tout cela ?
Tout d’abord, que Chinon n’a pas été sélectionnée parmi les communes qui, en septembre 2014, ont concouru à l’appel à projet. Le dossier, assemblé à la hâte, chiffré à la volée, rédigé avec des gants de boxe et sexy comme un rapport de commissaire aux comptes, n’avait que peu de chances d’émerger du lot. Il a été blackboulé, sans que cette information n’ait d’ailleurs été communiquée aux principaux intéressés : les Chinonais.

Il semblerait que la Mairie ait eu, il n’y a pas si longtemps, une seconde chance, certaines villes retenues en première instance ayant depuis renoncé au bénéfice du dispositif. Avons-nous profité de l’occasion pour concourir à nouveau ? Avons-nous pu présenter un nouveau dossier ? L’absence d’information à ce sujet laisse planer le doute sur la manière dont a été saisie cette nouvelle chance. Elle indique par contre que le second tour de piste n’a pas donné plus de résultat que le premier.

Du volontarisme au fatalisme
Faute d’accéder aux financements promis par le plan “centre-bourgs”, la stratégie en 5 points a été réduite à quelques opérations déconnectées, comme si le raisonnement stratégique n’avait finalement aucune importance et qu’il était possible de monter un pan de mur en abandonnant le coulage des fondations. En matière d’interventions structurantes, seul le projet Brèche-Cœur de ville est resté un temps d’actualité, avant d’être mis en sommeil à l’été 2016. Et les logements indignes ? Et le foncier bâti vacant ou dégradé ? Les publics fragiles ? La déprise commerciale ? La vacance du parc social ? Le haut débit numérique ? La formation des jeunes ? Le développement de la filière bois ? La synergie viticulture-tourisme ? Le soutien au commerce de proximité ? Ces “enjeux prioritaires” qui relevaient, en 2014, d’une intervention volontariste des pouvoirs publics, semblent être devenus, fin 2016, des sujets annexes abandonnés à la fatalité.

VERTUS ET PÉRILS DU CUMUL
Parmi les Chinonais, il y a ceux qui estiment qu’il est bon – au motif de l’entregent – d’avoir un maire multipliant les mandats et il y a ceux qui préféreraient que leur premier magistrat se consacrât entièrement à leur ville. Avec Jean-Luc Dupont, les premiers sont satisfaits. Sans parler de sa casquette de président de la Comcom, le maire de Chinon est également président du Syndicat intercommunal d’énergie d’Indre-et-Loire, une structure qui gère un budget de 115 millions d’euros (celui de la Ville tourne autour de 20 millions, celui de la Comcom autour de 40 millions). Il est aussi président de Pôle Energie Centre (la fédération régionale des syndicats d’énergie), et [l’un des 46] vice-président[s] de la FNCCR (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies), présidée par Xavier PINTAT, sénateur (LR) de la Gironde, où il navigue au sein d’un conseil d’administration composé de 80 élus, députés, sénateurs, conseillers généraux, conseillers régionaux, maires et anciens ministres. Il est enfin président d’Enersieil, la société d’économie mixte créée en 2012 par le Sieil pour “s’affranchir des lourdeurs administratives” (4 millions d’euros de capital, 65.000 euros de chiffres d’affaires en 2014). Alors, quand il s’agit de prendre des décisions qui concernent le quotidien des Chinonais, que préférer ? Un élu qui n’a de comptes à rendre qu’à ses administrés, ou un autre écartelé entre des emplois du temps surchargés et un réseau de mandats, d’enjeux et de loyautés qui dépassent largement les bords de la Vienne ?

Empêtré dans sa gestion de l’emprunt toxique, contrecarré dans son unique projet (la Brèche) par les réalités économiques, le Maire, sollicité par des mandats plus importants, préfère aujourd’hui botter en touche vers la Comcom ou cultiver des ambitions qui passent par le réseau d’élus qu’il s’est bâti à la tête du Syndicat intercommunal d’énergie d’Indre-et-Loire. Loin de ces Chinonais chicaneurs et rétifs, loin de cette réalité qui refuse de s’effacer devant les promesses, les beaux discours et l’indignation sincèrement feinte mise en scène à chaque conseil municipal…