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20 août 2018

Et maintenant, que vais-je faire…
(air connu)


Après plus de 3 ans de tergiversations, Jean-Luc Dupont vient d’enterrer officiellement son projet Brèche-Cœur de ville, congédiant dans la foulée la SET (Société d’équipement de Touraine), délégataire calamiteux – depuis 1973 ! – de l’aménagement du site. De ces 44 ans d’études, facturées à la Ville en millions d’euros, ne reste qu’un ascenseur reliant la ville basse au coteau. Les questions sous-jacentes à cette gabegie restent entières, tandis que la revitalisation des centres-villes fait désormais l’objet d’un débat national…

Après avoir écouté les sirènes de la SET, qui lui promettait la revitalisation d’un centre-ville souffreteux par le miracle du stationnement payant, la Mairie, ayant mis trois ans à enterrer le pharaonique projet Brèche-Cœur de ville, se retrouve face à ses responsabilités, mais dans un contexte radicalement différent.

En effet, après avoir longtemps considéré que leur cité était la seule à être touchée par le dépérissement, les Chinonais et leurs élus ont eu la surprise – et le soulagement – de découvrir progressivement, dans les médias nationaux, qu’ils ne faisaient que partager le sort de milliers de “centre-bourgs” et de “villes petites et moyennes” frappées de plein fouet par la même anémie.

Grande cause nationale
Depuis 2015, les rapports, les missions, les conférences, les émissions, les interviews, les dossiers et les analyses consacrées au sujet se succèdent. Un consensus ayant émergé quant aux causes probables et aux remèdes possibles, le Gouvernement a enfin annoncé, le 14 décembre dernier, qu’il allait mobiliser “plus de 5 milliards d’euros sur 5 ans” pour un plan baptisé “action cœur de ville” associant “l’ouverture de nouveaux commerces, la rénovation de logements sociaux, la restauration de bâtiments anciens, l’emménagement de nouvelles familles, la création d’écoquartiers et d’espaces publics“.  

Tel le sparadrap du capitaine Haddock, le projet de la Brèche, hérité de l’ère Dauge-Duvergne, suivait Jean-Luc Dupont depuis son arrivée à la Mairie, en 2014.

Libéré de l’étreinte de la SET (et de l’héritage Dauge-Duvergne qu’elle lui avait transmis), Jean-Luc Dupont a non seulement les coudées franches, mais il bénéficie d’un contexte “porteur“, puisqu’une de ses promesses de campagne (la revitalisation du centre ancien) est devenue, entre temps, grande cause nationale.

Problème : pour accéder au soutien de l’Etat, il faudrait que la ville ait “un projet abouti” ou “en cours d’élaboration “. Or, ayant tout misé sur le parking pyramidal proposé par la SET, la Mairie n’a jamais – malgré les demandes insistantes du monde associatif – développé de scénario alternatif.

Elle peut heureusement – mais le fera-t-elle ? – s’appuyer sur des analyses désormais largement partagées, qu’elles émanent de rapports officiels, des chercheurs, des médias ou de la société civile.

Un guide de conduite
Et que disent ces analyses (1) ? Tout d’abord, que les villes petites et moyennes ne peuvent plus exister qu’en connexion avec les métropoles et qu’elles doivent donc activement rechercher des coopérations avec les institutions métropolitaines (CHU, universités, etc.), pour attirer sur leur territoire des projets décentrés (mais aussi pour conforter des structures existantes, comme c’est le cas avec l’hôpital de Chinon). Ensuite, que si on veut ramener de la population dans les centres anciens, il faut offrir aux familles des conditions de vie décentes et modernes. Or les centres anciens – et c’est le cas à Chinon – sont souvent gangrenés par des habitats indignes, vétustes, incommodes ou inadaptés.

Malheureusement, nous dit-on, la “religion de la conservation” à montré ses limites et il apparaît de plus en plus évident qu’on ne pourra ni tout réhabiliter, ni même tout conserver (d’autant que tout ne mérite pas de l’être). Besoin de “conditions de vie décentes et modernes” + “tout ne mérite pas d’être conservé” = il faut “faire de la place” dans les centres anciens en ciblant des pâtés de maison indignes et irrécupérables pour y redéployer du neuf.

Pour ce faire, préconisent les experts, il faut effectuer un “diagnostic porte-à-porte et au cas par cas“, qui devrait être impérativement confié à des “task-forces” communales ou intercommunales , composées d’urbanistes, d’architectes et de planificateurs. Une fois ce diagnostic effectué, il faut élaborer, sur les îlots identifiés, des projets cohérents (logements, stationnement, social, commerces). Pour financer de telles opérations (mise sur pied des task-forces, préemption, achat, rénovation ou abattage/reconstruction), il faut reconfigurer les dispositifs de financement existants (ils sont nombreux et atomisés) et les réunir sous une seule égide qui les centrerait sur un seul objectif : revitalisation des centres anciens. C’est l’objet du guichet unique annoncé le 14 décembre (2), à la suite de toute un série de mesures : taxe sur les commerces vacants, baux commerciaux de courte durée, régulation du développement du commerce en périphérie, incitations à la rénovation des logements de centre-ville, opérations d’acquisition/amélioration, amélioration de la couverture numérique, implantation des services publics en cœur de ville.

Ce n’est pas au Congrès des maires de France que se trouve la solution “prête-à-porter” pour répondre à la situation de Chinon.

Quand le bâtiment va…
On voit donc que, malgré l’adage (“quand le bâtiment va, tout va“), le BTP ne constitue pas, à lui seul, le remède aux maux qui frappent les centres anciens. Et qu’il ne peut en aucun cas, à coup d’opérations ponctuelles, déconnectées et insoucieuses du bien public, pallier l’absence d’un véritable projet de ville. Sachant que chaque cité possède son histoire, son économie, ses atouts et ses points faibles, il n’existe pas non plus un “décrochez-moi ça” où un maire en mal d’idées puisse aller faire son marché pour rapporter à ses concitoyens un plan de développement adapté aux contours de leur cité (quoi que la partie commerciale du congrès des maires de France puisse, pour les plus dépourvus, en faire fonction). Chinon, par exemple, doit envisager de manière volontaire et créative sa relation avec Tours, mais aussi composer avec des contraintes de site (plateau-coteau-ville basse-Vienne), prendre en considération sa composition démographique et sociologique, tirer les leçons du développement du commerce de périphérie et intégrer la dimension touristique à son analyse.

Même dans un contexte porteur où le dépérissement des centres-ville est devenu grande cause nationale, les défis que Chinon doit affronter ne relèvent pas d’une solution “prête-à-porter “vendue à la Ville par un aménageur ou par des promoteurs. Ils doivent faire l’objet d’une véritable réflexion citoyenne, encouragée par les élus et relayée par une action publique transparente et efficace.

  • 1) Visionner à ce propos la conférence “Comment sauver les centres des villes moyennes” donnée le 3 octobre 2017 par Yves Dauge (maire de Chinon 1898 à 2005 et chargé, en 2016, d’un rapport sur le sujet commandité par Manuel Valls, alors Premier ministre) dans le cadre d’un cycle organisé par l’École d’architecture, de la ville & des territoires de Marne-la-Vallée.
  • 2) A cette occasion, l’actuel Premier ministre a parlé d’un “sentiment d’abandon aux lourdes conséquences”, sous-entendu “conséquences politiques.