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15 décembre 2018

Politique culturelle
Après le Voyage à Nantes,
le Voyage à Chinon…


A petit pas, sans faire de vagues, nos élus, que l’on sait férus de “kultur”, laissent l’art contemporain pénétrer dans la ville. Avec l’été, les visiteurs surpris découvrent ainsi comment un cadre médiéval peut mettre en valeur les recherches les plus avancées des créateurs d’aujourd’hui. Visite guidée…

Il n’y a pas qu’Olivier Laurent et Jean-Marie Bigard dans la vie ! Nos édiles, toujours visionnaires quand il s’agit d’action culturelle, ont décidé cet été de faire la part belle à l’art contemporain en parsemant la ville d’œuvres plus étonnantes les unes que les autres. Ce ne sont qu’installations éphémères, interventions conceptuelles, objets insolites et happenings audacieux… A la grande surprise des visiteurs et des Chinonais, bousculés dans leurs habitudes par cette première édition du Voyage à Nantes, version chinonaise…

“C’est pas moi, c’est Vigipirate” : une installation éphémère, mais très remarquée…
La Mairie avait choisi un grand week-end de chassé-croisé estival, pour donner un maximum d’impact à ce “happening” consistant à supprimer, en centre-ville et sans préavis, plusieurs dizaines de places de stationnement. L’artiste, resté anonyme, “travaille sur l’alternance présence/absence, besoin/manque : tu crois pouvoir te garer, et, en fait, tu ne peux pas ; tu croyais qu’il y avait du stationnement et, en fait, il n’y en a plus…“. “Tu crois que tu vas faire des affaires, et en fait, tu ne vois personne du week-end…” complètent en chœur les commerçants du centre-ville, décidément réfractaires à l’art conceptuel. Les mêmes sans doute qui critiqueront “Jackpot”, une oeuvre plus conventionnelle du Collectif Parkeon, qui ne vaut que par sa répétition : une trentaine de pièces digitales en forme de parcmètres réparties dans le centre ancien, que les visiteurs peuvent activer en entrant leur numéro de plaque d’immatriculation et en utilisant leur carte de crédit.

C’est pas moi, c’est Vigipirate” (à gauche) et “Jackpot” (à droite), deux interventions artistiques provocantes qui n’ont pas manqué de faire réagir les Chinonais.

“Le Futur” : une œuvre énigmatique et évolutive
Stratégiquement placé au pied d’un platane du quai Jeanne d’Arc, “Le Futur” est un travail sur la matière (en l’occurrence du crottin de cheval) commandé à un jeune artiste contemporain par la Mairie, pour illustrer la vocation équine de Chinon. Destinée au départ, du fait de sa composition même, à ne durer que quelques jours, l’oeuvre s’est miraculeusement installée dans la durée et la Ville estime maintenant qu’elle pourrait rester en place. “… Et, pourquoi pas, indéfiniment !“, se prend à rêver le premier-adjoint. Fermement convaincu que le développement de la destination passe par le tourisme équestre, celui-ci souhaite en effet marquer discrètement le territoire pour prendre date en vue du boom chevalin qui s’annonce. Et, comme on dit à la Mairie, “à partir de trois chevals, on pourra considérer que c’est un succès !”. Saumur n’a qu’à bien se tenir…

“Le Futur”, une célébration du tourisme équestre, mais aussi un avertissement sur ses conséquences pour l’environnement.

“Chaos” : l’empire des signes
Moins spectaculaire que les précédentes, cette installation “multifocale” a envahi progressivement la ville – et c’est toute sa subtilité – sans attirer l’attention des habitants, tandis qu’elle frappe immédiatement le regard des nouveaux venus en sollicitant, par l’absurde, leur sens de l’orientation. “Il s’agissait de brouiller les pistes en accumulant des signalétiques incohérentes à des endroits stratégiques, de manière à dérouter les visiteurs” explique la Mairie, qui a fait confiance aux services techniques pour matérialiser et mettre en place ce projet, à partir d’esquisses élaborées en fin de soirée par l’équipe municipale. Pari réussi !

“Chaos” : un parcours qui met à rude épreuve le sens de l’orientation des visiteurs.

“Chaumont ta mère !” : l’art des jardins
Lui aussi disséminé dans la ville, le parcours “Chaumont ta mère !” s’impose comme un contrepoint minimaliste au rutilant Festival international des Jardins de Chaumont-sur-Loire. “Chaumont, Chaumont, c’est très surfait“, analyse un édile. “AvecChaumont ta mère !”, nous ouvrons une voie originale, nous réhabilitons le pissenlit, le chardon et la rue fétide“. Faisant alterner parterres cubiformes, herbes folles et ronds-points arides, “Chaumont ta mère !”, ne laissera personne indifférent. Dans la dernière catégorie, “La Buse”, énigmatique giratoire aménagé à l’entrée de la Plaine des Vaux n’en finit pas de solliciter l’exégèse des critiques, certains y voyant une évocation brutaliste de la Vienne, d’autres une condamnation sans appel de la pollution des cours d’eau par les activités agricoles.

“La Buse” est considérée comme “la mère de tous les giratoires” par la revue Beaux-Arts.

 

“La Bâche Sainte-Radegonde” et “Danger” et  : entre Christo et Peter Klasen
Les plus belles pièces du parcours sont, sans conteste, “Danger”, un hommage à Peter Klasen, et “La Bâche Sainte-Radegonde”, une pièce dans la tradition des célèbres “empaquetages” réalisée par un élève de Christo sur des croquis du Maître. Sur la montée de Rochefaucon, “Danger”, entouré par un ruban plastique rouge et blanc, parle puissamment de la fragilité des entreprises humaines tandis que “La Bâche”, posée symboliquement sur l’éboulement qui jouxte la chapelle Sainte-Radegonde, plonge le visiteur dans des abîmes de réflexion sur le temps qui passe. Les deux œuvres se côtoient et se répondent pour évoquer ensemble la notion de “provisoire qui dure“. “Ben, maintenant que vous le dites, c’est vrai que ça fait bientôt trois ans qu’c’est là…“, glissait hier un voisin en contemplant “La Bâche”.

“La Bâche Sainte-Radegonde” (à gauche) et “Danger (au centre et à droite) : deux allégories du “provisoire qui dure”.