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25 juin 2018

Il y a 95 ans, l’effondrement du coteau de Chinon et les millésimes ensevelis


le 21 août 1921, une partie du coteau Saint-Martin s’enfonçait dans les Caves Vaslins, un immense réseau de carrières transformées en caveaux par plusieurs générations de Chinonais. En partie enlevées par des pillards, en partie sauvées par leurs propriétaires, les précieuses bouteilles entreposées sous l’éboulis n’ont pas toutes été retrouvées. Et depuis, la présence en sous-sol de millésimes prestigieux et désormais inaccessibles fait rêver plus d’un Chinonais.

effpdc

Le glissement de terrain d’août 1921 débute par une crevasse rue Porte du Château. Carte postale de l’époque.

Au matin du 14 août 1921, tandis que les habitants de Chinon vaquent à leurs occupations dominicales, sur le coteau couronné par la forteresse qui domine la ville basse, une fissure apparaît sur la chaussée, à l’entrée sud de la rue Porte du château. Les riverains sont en alerte depuis la nuit précédente. Vers 22 heures, un effondrement en entonnoir, spectaculaire, mais limité, s’est en effet produit un peu plus haut sur le coteau. Pendant la journée du dimanche, la fissure s’élargit lentement. Le lendemain, lundi 15, elle fait 40 centimètres de large et les curieux venus aux nouvelles peuvent y voir jusqu’à trois mètres de profondeur. La crevasse part de la montée de la Brèche, à 20 mètres du fort saint Georges et poursuit son chemin vers l’est, suivant la rue du Puy des Bans et la rue Saint-Martin pour aller se perdre dans un champ situé en haut du coteau.

Quand le coteau s’affaisse
Le mardi, une partie de la colline commence à s’effondrer et quinze maisons sont emportées. On craint pour la Forteresse et pour le quartier Saint-Martin, qui est évacué et dont les accès sont barrés de fil de fer barbelé pour prévenir “l’imprudence des curieux“. Quelques jours plus tard, quand la situation se stabilise, les Chinonais réalisent l’étendue des dégâts. Pour les habitants du coteau, c’est la catastrophe : le glissement de terrain a eu le bon goût de s’annoncer et il n’y a heureusement pas de victimes, mais on compte une quarantaine de maisons détruites, englouties par l’effondrement d’une partie des Caves Vaslins.

Pour les habitants de la ville basse, c’est aussi la consternation, mais pour une autre raison : des dizaine de milliers de bouteilles de Chinon qui dormaient dans le dédale des Vaslins sont désormais inaccessibles.

caves de la Brèche Mauny 1956

Représentation partielle des caves de la Brèche. Au sud de la rue du Puy des Bans, les galeries coupées par le glissement de terrain de 1921. Le réseau continue au nord-est sous la forteresse et se connecte, à l’ouest, avec les caves du Collège. Relevé de Raymond Mauny en 1956, publié dans le Bulletin des Amis du Vieux Chinon.

Des carrières transformées en caveaux
Depuis presque deux cents ans, les Chinonais ont en effet investi les immenses galeries creusées par les carriers pour en extraire le tuffeau avec lequel la forteresse et la ville ont été édifiées. Ils les ont d’abord cloisonnées pour y délimiter des caves, auxquelles ils ont souvent accolé leurs patronymes, et dans lesquelles ils ont entreposé leurs barriques et leurs bouteilles. Ils ont aussi continué à creuser au petit bonheur, ignorant les règles de l’art, pour agrandir leur lot, le mettre en communication avec un lot adjacent ou créer des “raccourcis”.

Intervenant sans supervision dans les cinq niveaux de galeries qui perforent le coteau pour s’enfoncer ensuite profondément vers l’ouest, sous la forteresse, les “pieurs” – comme ils sont appelés localement – y ont provoqué des éboulements, modifiant la circulation des eaux de source et de ruissellement. Certains y ont même installé leur gagne-pain, comme le potier Trutteau, dont il a fallu arrêter les tours qui faisaient vibrer la base du coteau.

Un coteau instable
D’année pluvieuse en année sèche, de gel en dégel, sous la pression de l’eau et de son propre poids, le coteau, composé de couches de tuffeau dur alternant avec des couches de tuffeau tendre parsemées de poches de marne schisteuse, a joué sur les points faibles du labyrinthe. A l’improviste, des effondrements ont obturé certaines galeries, laissant d’immenses salles, coupées du réseau, se détériorer et remonter lentement vers la surface.

De temps à autre, un éboulement écrase un habitant ou un cratère apparaît dans le coteau, entraînant un bâtiment et dévoilant les entrailles souterraines. Le 10 mars 1799, un éboulement détruit ainsi plusieurs caves et maisons, ensevelit leurs habitants et fait un mort. Le 28 janvier 1805, quatre maisons de la porte du Château sont emportées par un éboulement. On déplore deux morts. Le 29 janvier 1813, côté Sainte-Radegonde, le coteau subit des dégâts importants et une personne laisse la vie dans un mouvement de terrain. Le 2 avril 1827, côté Saint-Martin, un ciel de cave s’effondre en faisant deux morts. En décembre 1855, trois caves s’effondrent sur le coteau Sainte-Radegonde. En décembre 1875, sous la tour du Coudray, un ouvrier est tué lors des travaux de déblaiement. Pendant l’hiver 1879, de nombreux éboulements se produisent sur tout le coteau.

excelsior

Le 23 août 1921, le journal Excelsior fait sa une sur le glissement de terrain.

Les Chinonais sont donc habitués de longue date aux caprices de leur environnement. Mais à la mi-août 1921, quand le front du coteau descend sur la ville basse, l’événement fait la une des journaux nationaux.

Le sauvetage des fillettes
Pendant que les autorités relogent les sinistrés, les habitants se livrent alors à une course de vitesse : d’un côté les légitimes propriétaires des caves endommagées cherchent à ouvrir un nouvel accès à partir de l’ouest afin récupérer leurs précieuses bouteilles ; de l’autre, des pilleurs de caveaux opèrent nuitamment à partir du réseau des caves du Collège pour sortir le butin liquide par des voies détournées.

Quelques jours plus tard, quand les premiers parviennent, à partir des Caves Painctes, à pénétrer dans ce qui reste des Vaslins, ils ne peuvent que constater les dégâts : les pillards venus du Collège ont emporté une partie du contenu des caves. Ils ont d’abord enlevé les bouteilles, puis, travaillant contre la montre, décidé de les briser sur place pour en transférer le contenu dans des récipients plus adaptés à leurs opérations clandestines.

Mais une fois additionnées les bouteilles récupérées par leurs légitimes propriétaires et celles dérobées ou transvasées par les pilleurs de caves, plusieurs millers de fillettes de Chinon manquent à l’appel, dont certaines issues des plus prestigieux millésimes du XIXème et du XXème siècle. De quoi alimenter les imaginations, les légendes et les expéditions nocturnes des Chinonais contemporains, dont certains rêvent, à partir d’une cave privée ou à la faveur d’un nouvel effondrement, de retrouver un jour le trésor liquide enfoui dans le coteau et sous la Brèche. L’espoir fait vivre…

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