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19 septembre 2018

Vieux Chinon : ignoré, contourné, trahi, à quoi sert encore le plan de sauvegarde ?


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Le Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) se compose d’une carte légendée, d’un règlement et d’un document d’orientation (mis à jour en 2013). Ce dernier, jusqu’à présent consultable en ligne, a disparu récemment du site de la Mairie.

Dans les villes comme Chinon, qui possèdent un secteur sauvegardé, celui-ci est protégé par un plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) qui tient lieu de plan local d’urbanisme. Très détaillé, le dispositif associe un plan légendé, un règlement et un document d’orientation. Bien connu des particuliers et des professionnels du Vieux Chinon, auxquels il s’impose dès qu’ils envisagent les moindres travaux, le PSMV est aussi contourné, ignoré, voire trahi, quand il s’agit d’aménagements publics. Récemment retiré du site de la Ville, où les Chinonais pouvaient jusqu’alors le consulter librement, le PSMV est-il bon pour la poubelle ?

Alors que la Ville et la SET poursuivent à marche redoublée leur projet Cœur de ville, deux éléments essentiels du Plan de sauvegarde viennent de disparaître du site de la Mairie, où les Chinonais pouvaient jusqu’à présent les consulter librement. Il s’agit du rapport de présentation et des orientations d’aménagement du Plan de sauvegarde. C’est que ces documents sont difficilement conciliables avec les projets actuels et que les études des urbanistes ne coïncident pas – loin de là – avec les visées des promoteurs et des politiques.

Vision globale contre myopie et court-termisme
Malgré les contraintes tatillonnes qu’il impose aux particuliers, le Plan de sauvegarde possède plusieurs vertus : il résulte d’une étude approfondie de la situation de la ville, il a été élaboré sur le long terme, il présente une vision “apolitique” de la situation, il a subi – avant son adoption – un lent cheminement technique et administratif ponctué de nombreuses étapes de validation. On ne peut pas en dire autant du projet Cœur de ville, rédigé sur un coin de nappe, adopté sans aucune consultation préalable, dépourvu de vision globale, profondément marqué par la politique et les intérêts économiques, donc résolument inscrit dans le court terme.

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Préconisation du Plan de sauvegarde concernant l’angle nord-ouest de la rue du Puy des bans. A la place du cheminement piéton et du jardin en terrasse, le projet Cœur de ville prévoit un nouvel ascenseur. Illustration PSMV, cabinet Une fenêtre sur la ville.

Que dit le PSMV ?
Au-delà du plan légendé qui reprend, parcelle par parcelle, le statut de chacun des éléments de la trame urbaine, au-delà du règlement de centre-ville, qui vient détailler les contraintes en matière de construction et d’environnement, le PSMV contient un document stratégique intitulé “Orientations d’aménagement“. A Chinon, cette “bible” de 110 pages, abondamment illustrée et mise à jour en 2013, devrait constituer la référence pour tout projet d’aménagement urbain. Mais si la Ville et l’Architecte des bâtiments de France restent inflexibles lorsqu’il s’agit d’appliquer le règlement aux particuliers, ils se révèlent étonnamment plus libres quand il s’agit de leurs propres projets.

En droit, à moins de procéder à une révision des documents d’urbanisme, la Mairie est pourtant tenue de respecter son propre PSMV. Celui-ci, à partir d’une vision globale et stratégique du site, identifie par exemple cinq “îlots à enjeux” pour lesquels des préconisations stratégiques sont spécifiées : autour du Jeu de paume,  de l’Hôtel-de-ville, de la Brèche, du Fort Saint-Georges et du Cheval blanc (dans le faubourg Saint-Jacques). De même pour les quais rive droite et les entrées dans le secteur sauvegardé : place Auguste Buisson (en sortie du faubourg), promenade des Drs Mattraits, square Eugène Pépin (au Vieux marché). Idem pour les “petites places” de Chinon (place Victoire et place Plantagenêt) et pour l’axe nord-sud qui mène de la statue de Rabelais jusqu’à la rue Porte du château et à l’octroi.

Tous ces espaces sont ainsi considérés comme faisant partie d’un ensemble et les aménagements proposés constitue un plan cohérent, qui devrait constituer la trame des aménagements conduits par la Mairie. Mais cette dernière, en se focalisant sur la Brèche, ignore le plan d’ensemble. Pour ce qui concerne la place de la Fontaine, par exemple, la Mairie et la SET ont récemment annoncé sa piétonnisation totale, avec fermeture du porche aux voitures. Ce n’est pas ce que préconise le PSMV, qui dessine une place piétonne uniquement dans sa partie ouest, et un porche à sens unique (vers la Brèche) en usage partagé. De même, les promoteurs de Cœur de ville évoquent aujourd’hui la restructuration de la place du général de Gaulle (elle n’est pas inclue dans la zone d’aménagement confiée à la SET, mais pourquoi s’embarrasser de ce type de détail) alors que le PSMV estime qu’elle doit être “maintenue en l’état“.

Non seulement les orientations à moyen long terme du Plan de sauvegarde ne sont pas prises en compte, mais ses prescriptions immédiates sont ignorées. Ici, la vue qui accueille les visiteurs à leur sortie de l’ascenseur avant de découvrir la ville basse. Le document d’orientation demande de réaménager les façades actuellement en parpaings, et précise qu’un projet envisageant un simple ravalement ne serait pas suffisamment qualitatif au regard du secteur sauvegardé et de l’emplacement stratégique de ces constructions à l’entrée du centre ancien. Illustration PSMV, cabinet Une fenêtre sur la ville.

Les préconisations du plan de sauvegarde sont d’ailleurs globalement ignorées pour ce qui concerne le projet “Brèche-Dupont”. Là où le plan de sauvegarde exige “d’éviter un gabarit trop uniforme et monolithique” et plaide pour une “volumétrie [adaptée] à la trame urbaine et en cohérence avec l’environnement bâti immédiat“, les promoteurs choisissent d’élever un parking-silo de 5 étages en format “pyramide”. Là où le plan de sauvegarde demande le “respect de la topographie naturelle du site“, le projet oblitère totalement le coteau, remblaye l’espace compris entre le parking et les contreforts, et efface complètement le profil en rampe de la rue du Puy des bans. Enfin, là où le PSMV exige de maintenir “impérativement […] les vues emblématiques sur la forteresse, la collégiale Saint Mexme et le grand paysage de la vallée de la Vienne“, l’architecte réalise l’exploit technique de compromettre définitivement le panorama sur tous ces sites, mais également depuis tous ces sites.

L’actuelle municipalité n’est d’ailleurs pas pionnière quand il s’agit de passer outre. Ses prédécesseurs, avec la construction de l’ascenseur ou celle de la résidence Odalys, s’étaient aussi allègrement affranchis du Plan de sauvegarde. A tel point qu’on peut se demander à quoi auront servi les centaines d’heures de travail, les dizaine de milliers d’euros d’honoraires versés aux urbanistes qui ont élaboré les recommandations du PSMV. A quoi bon, également, les innombrables validations, commissions et réunions qui, du niveau local au niveau national, ont ponctué le parcours de ces lignes de conduite. Tant qu’à faire, puisque l’expérience des urbanistes doit s’effacer devant les impérieux besoins des promoteurs, pourquoi ne pas faire l’économie de ces garde-fous et avouer franchement que les décisions d’aménagement relèvent du fait du prince.

 

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