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25 juin 2018

Au théâtre ce soir : le Conseil municipal du 6 juin


La séance du Conseil Municipal du 6 juin dernier a été exemplaire. Elle faisait aussi figure d’événement : cet exercice obligé de la démocratie locale n’avait pas été pratiqué depuis mars, à cause d’une paralysie liée à l’examen des finances de la ville par de plus hautes instances. Mais la Cour régionale des comptes avait enfin rendu son avis : Chinon pourrait échapper à l’infamante mise sous tutelle si un sérieux effort budgétaire était engagé, avec particulièrement une substantielle hausse des impôts.

L’ordre du jour pesait donc bon poids : analyse des chiffres, adoption d’un budget, imposition nouvelle. Il méritait échanges, débats, expressions multiples. Mais une fois de plus, les Chinonais venus nombreux assister au rendez-vous démocratique n’ont guère pu s’exercer à reconnaître au son de leurs voix les membres de l’équipe municipale. Il y eut bien les litanies chiffrées de l’adjointe aux finances, promue speakerine au budget, une question posée par une courageuse conseillère de la majorité, et les interventions quasi-automatiques des représentants de l’opposition, réelle (Bernard Sicot) ou fausse (Céline Delagarde). Mais pour le reste, pendant près de trois heures, le maire accapara la parole, distribuant commentaires, explications parfois crédibles, affirmations quelquefois audacieuses, bons points (à son action), très mauvais points (à l’ancienne équipe municipale), confortant par l’amplitude de son monologue le mutisme – certes habituel – de ses colistiers, dont la carafe d’eau resta pleine quand la sienne fut vidée plusieurs fois.

mairie

Mis en demeure par la Cour régionale des comptes, le conseil municipal du 6 juin a entériné une hausse de 8.6% des prélèvements imposés aux Chinonais. Après la honteuse reconduction de la convention d’aménagement avec la SET et la calamiteuse renégociation de l’emprunt toxique, c’est la troisième fois que la Municipalité se couche après avoir joué les gros bras. Au détriment, à chaque recul, des intérêts de la population.

Et ceci sans mise en perspective, sans réelle vision de l’avenir de Chinon, autre que celle, au demeurant fondamentale, d’un retour à la bonne santé des finances. Il pleuvait des chiffres et des mots, dans une séance aux allures de conférence, où s’entendaient par exemple – sans hiérarchie claire des décisions à prendre – l’amputation des dépenses de personnel, la perspective de vente de certains biens communaux, ou l’interrogation majeure d’affecter soit au budget d’investissement soit au budget de fonctionnement l’achat à hauteur de 140 euros, de deux chèvres en écopaturage…

Et pourtant, au moins deux informations importantes ont été données, surprenantes et significatives  chacune à sa façon. D’abord une nouvelle étape dans le projet immobilier de la Brèche, objet d’une opposition grandissante dans la ville : suite aux récentes fouilles archéologiques sur le site, un rapport, attendu à l’automne, pourrait révéler la nécessité de fouilles plus importantes. Donc une décision serait à prendre : suspension, report, voire retrait du projet actuel, accompagné possiblement de l’élaboration d’un nouveau projet. Autrement dit, la route est déviée et le paysage change un tantinet, mais toujours dans le brouillard.

Après une simple réunion pour pointer 
les dernières échéances présentées par la SET
le compte passe de 429.000 à 317.000 euros.
De quoi se poser des questions
sur les sommes versées par les Chinonais,
depuis trente ans, à ce “partenaire privilégié”.
Mais aucun élu, même d’opposition,
n’aura la présence d’esprit de poser la question…

Et puis il y eut ceci, très révélateur d’un certain type de gestion et de partenariat : la somme due pour d’anciens travaux à la SET, avec qui la Ville est en affaires depuis une trentaine d’années a été ramenée de 429.000 à 317.000 euros, après rencontre et réexamen des chiffres. Une baisse de 25%. Ce qui peut revenir à dire d’une part que la SET a d’abord confectionné ses crédits en taille grand patron, estimant que Chinon a les épaules assez larges, d’autre part que la municipalité a attendu la disette pour protester et demander les retouches justifiées.

Dans la cour de récré
Il y a peut-être d’autres explications, mais aucune question, aucun étonnement n’est sorti de l’assemblée, pas même de la bouche de l’opposant Bernard Sicot qui, dans un style plus verbeux que nerveux, proposa pourtant des économies différentes, dont il n’avait malheureusement pas chiffré la somme, et compensa son manque de brio par des remarques parfois sainement provocatrices et des questions parfois judicieuses. Le maire-conférencier lui apporta certes quelques réponses utiles, mais passa aussi beaucoup de temps, à son habitude, à reprocher à l’ancienne municipalité une gestion présentée comme calamiteuse. Peut-être à juste titre. Mais un regard permanent sur le passé ne remplace pas une vision d’avenir. De même qu’un argumentaire cohérent ne peut pas être remplacé utilement par des insultes. Une fois de plus elles ont pollué l’atmosphère : l’opposant Sicot – et donc, on peut l’imaginer, tous les opposants – est “ou bête ou incompétent “. Des saillies archaïques applaudies par l’équipe municipale qui avait attendu pour s’exprimer, mais juste en battant des mains, que les échanges tombent au niveau des cours de récréation. On entendit aussi l’adjointe aux Finances prendre une pause dans sa litanie chiffrée pour reprocher à l’opposant de s’exprimer davantage devant un auditoire de Chinonais qu’en commission. Elle révélait ainsi qu’elle préférait l’entre-soi des réunions à la parole publique indispensable à une démocratie moderne. Le huis-clos confortable plutôt que  l’ouverture parfois venteuse.

Quant à la représentante de FO (Fausse Opposition), elle exprima, pimpante et contrite, son regret des errements de l’ancienne majorité, dont elle faisait partie, et expliqua ainsi son nouveau vote d’adhésion aux décisions du maire.

La Chambre régionale des comptes exigeait 12.6%,
la Mairie vote 8,6%,
la Nouvelle République annonce 6%

Au bout des comptes, les impôts augmenteront. Indulgente, comme à l’accoutumée, La Nouvelle République les titre à 6%, ce qui est vrai pour les seuls locataires (taxe d’habitation). Mais les propriétaires subiront en plus une hausse de 10,87% des taxes sur le foncier bâti. Au global, si on ajoute les 6% du foncier non bâti, la masse d’impôts collectés localement augmente de 8,60%.

Peut-être était-ce nécessaire ? En tous cas, selon l’expression subtile et compatissante de La Nouvelle République,  les Conseillers, en dehors des opposants réels et d’une voix dans la majorité, se sont « résignés » à voter la nouvelle imposition. Comme ils s’étaient résignés à ne pas avoir le courage de poursuivre en justice pour défaut de conseil – comme d’autres villes l’ont fait – la banque aux prêts toxiques. Comme ils s’étaient résignés à ne pas rompre la convention d’aménagement qui, depuis trente ans, nous lie à la SET et empoisonne les finances de la ville. Et comme ils s’étaient résignés à être élus, malgré la connaissance qu’ils avaient de l’état des finances locales.

Le sujet ce soir-là était ni plus ni moins l’évitement de la mise sous tutelle, voire de la faillite, de la Ville. Ce fut pourtant une non-séance, alimentée de non-débats, parcourue de non-échanges. Il ne restait plus qu’à clore la conférence, à ranger les chaises, et à vérifier sur nos calendriers que nous sommes bien en 2016.

Oui, cette séance du Conseil Municipal était exemplaire.

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