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19 septembre 2018

Blanc Carroi contre Grande Prairie
“Touche pas à mes pauvres !”


C’est l’histoire de l’arroseur arrosé : après avoir détruit en quelques années les commerces du Vieux Chinon et s’être agrandi, en 2016, de 2.000 mètres carrés, le Blanc Carroi de Chinon (Leclerc) accuse la Grande Prairie de Bourgueil (Hyper U) de vouloir lui piquer ses clients. Et pendant que les grandes surfaces se prennent aux cheveux et se traînent en justice pour le contrôle exclusif de leurs zones de chalandise, les promoteurs continuent d’œuvrer systématiquement à la destruction du centre-ville, sous le regard bovin des élus.

A Chinon, la zone commerciale du Blanc Carroi a son Leclerc. De l’autre côté de la Loire, à 20 kilomètres de là, à Bourgueil, la Grande Prairie a son Hyper U. La première possède – entre autres – sa station-service maison, un Bricomarché, la Générale d’optique, une parapharmacie, etc. La seconde a ses pompes U, un Mr Bricolage, un Grand Optical, une parapharmacie, etc.

Bref, ces deux fléaux du commerce de proximité font le même métier : ils utilisent des leviers financiers pour construire de l’immobilier commercial, y logent – autour d’un hypermarché – des enseignes engagées dans la course à l’échalote du franchising ou de l’extension territoriale, remontent les revenus sous forme de loyers, de redevances, de frais de gestion, via des filiales et des holdings soigneusement étudiées pour “optimiser” leur fiscalité.

Bienfaiteurs de l’humanité
Moyennant quoi, ils vaporisent le commerce de proximité, dévorent les espaces naturels, alimentent la spéculation foncière, le mitage et l’étalement urbain, défigurent les entrées de ville, aggravent la dépendance à l’automobile, confortent un modèle de consommation insoutenable dans la durée et abrutissent leurs chalands d’offres commerciales surabondantes, le plus souvent inutiles et fréquemment de mauvaise qualité.

S’ils prétendent créer de l’emploi, c’est le plus souvent des contrats à temps partiel, peu qualifiés et précaires, qui ne compensent jamais les postes qu’ils ont détruit, et qu’ils vont souvent chercher, au moindre coût, hors du territoire où ils se sont implantés.

On pourrait imaginer que ces savoir-faire uniques et ces valeurs fortes et partagées réuniraient ces capitaines d’industrie au sein d’une fraternité au moins tacite, toute dévouée à transformer la moitié du territoire en un énorme centre commercial, et l’autre moitié en un immense parking.

C’est pourquoi la déception est grande quand on voit ces preux chevaliers du développement commercial se prendre aux cheveux, et le Blanc Carroi traîner en justice la Grande Prairie, au motif que cette dernière souhaite s’étendre sur 6.100 m2 supplémentaires, juste de quoi requinquer un bilan patraque (en baisse de 11,20 % entre 2014 et 2015, malgré un chiffre d’affaire de près de 50 millions d’euros). Pour ce faire, la Grande Prairie a, bien entendu, dû obtenir – via le maire de Bourgueil – l’accord de la Commission départementale d’aménagement commercial, ce qui n’est pas un exploit, attendu que ce type d’instance approuve près de 90% des dossiers qui lui sont soumis. Entériné, jacobinisme oblige, par la Commission nationale correspondante, le projet prévoit d’adjoindre à l’existant une dizaines d’enseignes, dont une franchise d’habillement bon marché et un “hard discount“.

Surfer sur la débine
Des options qui prennent brillamment acte de la débine dans laquelle glissent progressivement la population et les territoires périphériques, générant leur lot de consommateurs nécessiteux que le Grand Carroi , les considérant désormais comme sa propriété, ne veut à aucun prix voir s’échapper vers Bourgueil.

C’est peu dire que “les CDAC ne semblent pas représenter un verrou trop difficile à ouvrir” comme le faisait remarquer (ici), en 2015, le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement). En 2014, les Commissions départementales d’aménagement commercial (CDAC) mises en place par le décret 2008-1212 du 24 novembre 2008, ont examiné 1.164 dossiers totalisant une surface de vente de 2.889.003 m2 Elles ont autorisé 1.041 projets (soit 89%) représentant une surface de vente de 2.484.754 m2 (86%) et ont refusé 123 demandes (11%) pour 404.249 m’ (14%). C’est ainsi que, depuis 10 ans, “le parc commercial a progressé à un rythme moyen de 4% par an, c’est-à-dire bien plus vite que la consommation des ménages”. A noter que la loi n° 93-122 du 29 janvier 1993 (dite loi Sapin) relative à la prévention de la corruption […] fait partie des textes de référence pour les CDAC.

Tel le joueur de foot qui, à peine effleuré par un adversaire, se prend le visage à deux mains et s’effondre, dans le but d’apitoyer l’arbitre, en simulant une fracture du crâne, le groupe Chessé (promoteur du Blanc Carroi) n’a pas attendu d’avoir mal pour solliciter la justice : ayant échoué auprès de la commission nationale, il a dérangé dans leur sommeil les magistrats de la Cour administrative d’appel de Nantes, pour leur demander de mettre fin aux manœuvres déloyales de son voisin d’outre-Loire. Le temps des juges n’étant pas celui du commun des mortels, il y a fort à parier que l’affaire va encore traîner quelques temps.

Un délai que Chessé met à profit pour parachever son œuvre à Chinon. En attendant d’obtenir sa propre extension par-delà le rond-point des Closeaux (lire ici), le Blanc Carroi a récemment complété son offre en y accueillant Cash Express, une espèce de mont-de-piété où les Chinonais pourront désormais échanger contre quelques euros – quand les fins de mois seront trop difficiles – les gadgets inutiles que leur auront fourgué naguère, au prix fort, les enseignes voisines.

boulangerie-marie-blanchere-exemple-de-point-de-vente

Les Chinonais ont-ils besoin de Marie-Blachère ? La réponse est non ! Et de Marie-Javelle ? La réponse est oui !

Roulés dans la farine
Le promoteur y installera également, avant l’été 2017, juste à côté du McDonald, une boulangerie “Marie Blachère“, enseigne qui se targue de répondre à “la demande d’authenticité des consommateurs“, mais qui, de fait, se spécialise dans le “trois baguettes achetées, la quatrième gratuite” et franchise à tour de bras depuis 2004, dans une fuite en avant coutumière aux entreprises imprudemment “adossées” à des banques.

Les nombreux boulangers de Chinon, dont certains défendaient jusqu’alors bec et ongles la majorité municipale (dont une conseillère exerce d’ailleurs cette estimable et exigeante profession), sont tombés de haut en apprenant la nouvelle. On pouvait en effet estimer qu’avec huit boulangeries, les Chinonais bénéficiaient à la fois d’un choix important et d’un rapport qualité/prix tiré vers le haut par une saine concurrence.

Étaient-ils en manque de “boulangerie traditionnelle“, “d’échange et de proximité“, de “l’authenticité“, de “la fraîcheur” ou de la “fabrication sur place tout au long de la journée” que vante le site internet de Marie Blachère ?

Nous n’en saurons rien. Le maire et son premier-adjoint, qui vont d’habitude par les rues, racontant à qui veut l’entendre qu’ils font la pluie et le beau temps sur le commerce de proximité, qu’ils protègent de leur corps contre l’avidité des grandes surfaces, ont dû cette fois expliquer aux professionnels des fournils qu’ils n’avaient rien à voir avec cette installation dont ils font mine de s’étonner. Ma pauvre mère avait à son répertoire deux exclamations coutumières : “il y a des coups de pieds au c.. qui se perdent“, et “il vaut mieux entendre ça que d’être sourd“. Toute réflexion faite, je crois qu’elle aurait, en l’occurrence, utilisé les deux…

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